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Vers l'immortelle


Je connais un pays, et une fleur,
Et une fleur, et une fleur,
On l'appelle celle de l'amour,
Celle de l'amour, celle de l'amour,

refrain:
Haut, Petit Pierre, on va marcher, on va marcher
Vers l'immortelle,
Haut, Petit Pierre, on va marcher, on va marcher,
On va chercher le pays.


En haut du pic, il y a une lumière,
Il y a une lumière, il y a une lumière,
Il faut y garder les yeux dessus,
Les yeux dessus, les yeux dessus,


Il faut traverser toutes les ronces,
Toutes les ronces, toutes les ronces,
Pour s'accrocher, seulement les mains,
Seulement les mains, seulement les mains,


Peut être on n'en verra jamais la fin,
Jamais la fin, jamais la fin,
La liberté, c'est le chemin,
C'est le chemin, c'est le chemin.


Après le pic, un autre pic,
Un autre pic, un autre pic,
Après la lumière, une autre lumière,
Une autre lumière, une autre lumière…

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Groupe béarnais Nadau,
Composé en 1978. C'est un hymne à la liberté et à l'amour de son pays qui est devenu très populaire dans toute l'Occitanie



Mes origines

Par une belle après-midi de cette saison d’aires, – je portais encore les jupes : j’avais à peine quatre ou cinq ans – après m’être bien roulé, comme font les enfants, sur la paille nouvelle, je m’acheminai donc seul vers le fossé du Puits à roue.

Depuis quelques jours, les belles fleurs de glais commençaient à s’épanouir et les mains me démangeaient d’aller cueillir quelques-uns de ces beaux bouquets d’or.
J’arrive au fossé ; doucement, je descends au bord de l’eau ; j’envoie la main pour attraper les fleurs… Mais, comme elles étaient trop éloignées, je me courbe, je m’allonge, et patatras dedans : je tombe dans l’eau jusqu’au cou.
Je crie. Ma mère accourt ; elle me tire de l’eau, me donne quelques claques, et, devant elle, trempé comme un caneton, me faisant filer vers le Mas :
– Que je t’y voie encore, vaurien, vers le fossé !
– J’allais cueillir des fleurs de glais.
– Oui, va, retournes-y, cueillir tes glais, et encore tes glais. Tu ne sais donc pas qu’il y a un serpent dans les herbes cachés, un gros serpent qui hume les oiseaux et les enfants, vaurien ?
Et elle me déshabilla, me quitta mes petits souliers, mes chaussettes, ma chemisette, et pour faire sécher ma robe trempée et ma chaussure, elle me chaussa mes sabots et me mit ma robe du dimanche, en me disant :
– Au moins, fais attention de ne pas te salir.
Et me voilà dans l’aire ; je fais sur la paille fraîche quelques jolies cabrioles ; j’aperçois un papillon blanc qui voltige dans un chaume. Je cours, je cours après, avec mes cheveux blonds flottant au vent hors de mon béguin… et paf ! me voilà encore vers le fossé du Puits à roue…
Oh ! mes belles fleurs jaunes ! Elles étaient toujours là, fières au milieu de l’eau, me faisant montre d’elles, au point qu’il ne me fut plus possible d’y tenir. Je descends bien doucement, bien doucement sur le talus ; je place mes petons biens ras, bien ras de l’eau ; j’envoie la main, je m’allonge, je m’étire tant que je puis… et patatras ! je me fiche jusqu’au derrière dans la vase…

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Frédéric Mistral, MES ORIGINES, Mémoires et récits (Traduction du provençal)